À première vue, tout oppose l’IBC de l’International Broadcasting Convention à Amsterdam et le Salon Photo & Vidéo à Paris. Le premier s’adresse principalement aux professionnels du broadcast, du streaming, de la production et des médias. Le second reste historiquement associé à la photographie et au matériel photo.

Pourtant, les deux événements racontent une histoire assez similaire : celle d’un marché de l’image qui ne se limite plus aux appareils photo et aux caméras. En 2026, la photographie, la vidéo, le streaming, les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et les outils de production sont de plus en plus difficiles à séparer.

L’IBC 2026 se déroule du 11 au 14 septembre au RAI Amsterdam. Le salon met notamment l’accent sur l’intelligence artificielle, les nouveaux modèles économiques, la creator economy, le streaming, la virtual production et les nouveaux workflows de production.

Quelques semaines plus tard, le Salon Photo & Vidéo se tiendra du 8 au 11 octobre 2026 à la Grande Halle de la Villette, à Paris. Là encore, le changement de nom n’est pas anodin : l’ancien Salon de la Photo devient officiellement Salon Photo & Vidéo afin de mieux refléter l’évolution des pratiques.

De la photographie à l’image

Pendant longtemps, les marchés de la photographie et de la vidéo pouvaient être relativement bien séparés. Le photographe travaillait avec un appareil photo, des objectifs et un logiciel de retouche. Le vidéaste disposait de caméras, de microphones, de systèmes de stabilisation et de logiciels de montage.

Cette distinction est devenue beaucoup moins évidente.

Un appareil photo hybride moderne est désormais capable de produire des photos haute définition, de filmer en 4K ou davantage, de suivre un sujet grâce à la reconnaissance intelligente et de communiquer directement avec un smartphone ou un ordinateur.

À l’inverse, les créateurs vidéo utilisent de plus en plus des boîtiers photo, des objectifs interchangeables et des accessoires issus de l’univers photographique.

Le smartphone a encore accéléré cette convergence. La photographie et la vidéo sont aujourd’hui produites, montées et publiées depuis un même appareil. Le marché ne vend donc plus seulement des appareils de prise de vue : il vend des solutions permettant de produire et de diffuser du contenu.

C’est précisément ce changement que le Salon Photo & Vidéo cherche désormais à accompagner.

Pourquoi le Salon de la Photo devient le Salon Photo & Vidéo

Le changement de nom annoncé pour l’édition 2026 est probablement l’un des signes les plus visibles de cette transformation.

Le Salon explique lui-même que la consommation d’images ne se limite plus à la photographie et que la vidéo est devenue un langage créatif majeur. Le salon souhaite ainsi réunir davantage les photographes, vidéastes et créateurs de contenus autour des mêmes équipements et des mêmes pratiques.

Les chiffres avancés par l’organisation vont dans ce sens : selon le Salon, un photographe professionnel français sur trois pratique aujourd’hui à la fois la photo et la vidéo, tandis qu’un visiteur sur cinq combine déjà les deux pratiques.

Cette évolution modifie également les produits présentés.

Aux côtés des boîtiers et des objectifs, on retrouve désormais microphones, éclairages, stabilisateurs, drones, accessoires vidéo, logiciels, solutions de stockage ou encore outils destinés aux créateurs de contenus.

Le matériel photo devient donc une pièce d’un écosystème beaucoup plus large.

L’IBC regarde déjà cet écosystème depuis longtemps

L’IBC pousse cette logique encore plus loin.

Le salon d’Amsterdam ne s’intéresse pas uniquement à la caméra utilisée pour filmer. Il s’intéresse à l’ensemble de la chaîne : production, stockage, transmission, post-production, diffusion, monétisation et consommation du contenu.

L’édition 2026 consacre ainsi une place importante à l’intelligence artificielle, au cloud, au streaming, à la sécurité des contenus, à la virtual production et à la creator economy. Le Hall 14, consacré au Future Tech, rassemble notamment l’IA, le machine learning, les technologies prosumer, la creator economy et la virtual production.

Dans le Hall 5, l’IBC aborde également les infrastructures cloud, l’OTT, le streaming sportif, l’e-sport, la cybersécurité et les télécommunications.

Le message est assez clair : dans l’industrie audiovisuelle moderne, le matériel de prise de vue n’est qu’un élément d’une chaîne beaucoup plus vaste.

L’IA devient un outil de production

Autre point commun entre les deux univers : l’intelligence artificielle n’est plus uniquement présentée comme une technologie futuriste.

À l’IBC, elle est désormais abordée sous l’angle de son utilisation concrète dans les workflows de production. Le programme 2026 traite notamment de l’IA générative, prédictive et agentique, mais aussi de son impact sur la création et la chaîne de valeur des médias.

Dans la photographie, le phénomène est déjà visible depuis plusieurs années.

Reconnaissance des sujets, autofocus assisté par IA, réduction du bruit, amélioration de la netteté, retouche générative ou sélection automatique des images : les logiciels et les appareils intègrent progressivement des fonctions qui modifient la manière de produire une image.

Le sujet n’est donc plus vraiment de savoir si l’IA va arriver dans la photographie et la vidéo. Elle est déjà là.

La question devient plutôt : jusqu’où va-t-elle modifier le travail du photographe ou du vidéaste ?

Le smartphone change les règles du marché

Cette transformation ne peut évidemment pas être analysée sans parler du smartphone.

Les téléphones ont progressivement pris en charge une partie des usages autrefois réservés aux appareils photo compacts. Ils permettent aujourd’hui de photographier, filmer, monter, retoucher et publier depuis un même appareil.

Pour autant, ils n’ont pas fait disparaître les appareils photo.

Ils ont surtout obligé le marché traditionnel à se repositionner.

Un appareil hybride doit désormais apporter une véritable différence : qualité d’image, choix des objectifs, ergonomie, autofocus, stabilisation, vidéo, autonomie ou encore possibilités créatives.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles les constructeurs cherchent à multiplier les fonctionnalités différenciantes.

La frontière entre appareil photo, caméra vidéo et outil de création devient donc progressivement plus floue.

Tester devient aussi important que comparer

Cette évolution explique également pourquoi les salons physiques conservent leur intérêt.

Sur Internet, il est relativement facile de comparer deux boîtiers, de lire leurs caractéristiques techniques ou de regarder des vidéos de présentation.

Il est beaucoup plus difficile de savoir quel appareil correspond réellement à sa pratique sans le prendre en main.

Le Salon Photo & Vidéo mise précisément sur cette expérience. Les visiteurs peuvent tester du matériel, participer à des ateliers, assister à des conférences et échanger avec des professionnels. Le parcours proposé associe désormais innovation, conseils, tests, formation et achat.

Cette dimension devient particulièrement importante à mesure que les équipements se complexifient.

Choisir un boîtier n’est plus toujours suffisant. Il faut parfois réfléchir simultanément à l’objectif, au microphone, à la lumière, au stockage, à la stabilisation ou encore au logiciel utilisé pour traiter les images.

Du test à l’achat : le rôle du Village de Vente

Le Salon Photo & Vidéo pousse également cette logique jusqu’à l’achat.

Le Village de Vente permet aux visiteurs de passer de la découverte et du test à l’acquisition de matériel. Trois enseignes y sont présentes : Camara, Cirque Panajou et Fnac. Le Salon présente cet espace comme le lieu permettant aux photographes et vidéastes professionnels comme amateurs de s’équiper et de bénéficier de conseils.

La présence de Camara s’inscrit donc assez naturellement dans cette évolution.

À mesure que les produits deviennent plus techniques et que les usages se diversifient, le rôle du revendeur spécialisé ne consiste plus uniquement à proposer un catalogue. Le conseil, la comparaison et la capacité à construire un équipement cohérent prennent davantage d’importance.

Pour un photographe qui souhaite passer à l’hybride, un créateur qui cherche à améliorer son dispositif vidéo ou un professionnel qui doit renouveler une partie de son équipement, le besoin n’est pas nécessairement de trouver « le meilleur produit », mais plutôt le matériel adapté à son usage.

Le salon permet ainsi de raccourcir le parcours entre découverte, prise en main, conseil et achat.

Une évolution qui concerne aussi le commerce spécialisé

Cette transformation représente un enjeu important pour les magasins spécialisés.

La comparaison des prix et des caractéristiques techniques est devenue extrêmement simple. Le commerce physique doit donc apporter autre chose.

L’expertise, la prise en main, le conseil, le service après-vente, la réparation, la reprise et la capacité à accompagner un projet deviennent des éléments différenciants.

Le Salon Photo & Vidéo constitue à ce titre un intéressant laboratoire du marché.

Le visiteur peut découvrir une nouveauté sur le stand d’une marque, la prendre en main, assister à une démonstration, discuter avec un professionnel puis, s’il le souhaite, se rendre au Village de Vente pour concrétiser son achat.

Le parcours est presque complet.

De l’IBC au Salon Photo & Vidéo, un marché qui change de dimension

Les deux salons ne s’adressent pas aux mêmes publics et ne présentent évidemment pas les mêmes produits.

Mais ils illustrent une même transformation.

À l’IBC, la caméra s’inscrit dans une chaîne de production et de diffusion mondiale. Le cloud, l’IA, le streaming et les workflows deviennent aussi importants que le matériel de prise de vue.

Au Salon Photo & Vidéo, cette transformation est visible à une autre échelle. Le photographe amateur, le professionnel et le créateur de contenus recherchent désormais des équipements capables de répondre simultanément à plusieurs usages.

Photo et vidéo se rapprochent. Les smartphones brouillent encore davantage les frontières. L’IA transforme les outils. Et les constructeurs comme les distributeurs doivent adapter leur approche.

Le passage du Salon de la Photo au Salon Photo & Vidéo résume finalement assez bien cette évolution : le marché ne parle plus seulement d’appareils photo, mais d’image au sens large.

Et c’est probablement là que se trouve le principal enseignement du rapprochement entre l’IBC et le Salon Photo & Vidéo : dans un secteur où les technologies convergent rapidement, la valeur ne se situe plus uniquement dans le boîtier ou la caméra, mais dans l’ensemble de l’expérience de création, de production, de diffusion et d’accompagnement qui l’entoure.